Cambodge, Partie 2: Angkor, ses temples, son charme, ses buissons… surtout ses buissons.

[ Attention, cet article est horriblement long, vous pouvez encore faire demi-tour à ce stade. Fuyez. FUYEEEEZ ! ]

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C’est pas tout ça mais on était quand même venus au Cambodge pour voir les temples d’Angkor. Contrairement aux éléphants et autres animaux sauvages qu’on n’avait pas vu au Laos, des temples, on en avait eu pour notre argent. Mais là, rien à voir avec les petits monuments au toit brillant qu’on croisait à tous les coins de rues à Vientiane. Là, c’était du lourd, des ruines vieilles de presque un millénaire en pleine jungle tropicale.

Les temples d’Angkor faisaient partie des choses que je devais voir avant de mourir. Je ne sais pas depuis quand ça date, sûrement un reportage sur Arte ou un extrait du film Tomb Raider (que je n’ai d’ailleurs pas vu – à défaut d’avoir trop joué au jeu). Allez savoir. En tout cas, les ruines d’Angkor avaient toujours exercé une espèce de fascination pour moi, et du coup ce voyage, c’était un peu l’accomplissement de toute une vie, la lumière au bout du tunnel, la fin d’une quête à la recherche de soi… tout ça quoi.

C’est donc frais et repus d’un méga petit-déj pain-œufs-beurre-confiture-fruits-café – ah, les saveurs de l’Asie – qu’on embarque dans un mini-van pour 5 heures de route le long des campagnes cambodgiennes. On a rapidement réalisé que le mini-van serait peut-être le témoin de nos derniers instants de vie, et que le petit déjeuner de ce matin n’était pas une si bonne idée, finalement. Moi qui me plaignais de la circulation laotienne, j’ai vite revu mon jugement au Cambodge. Ici, ce que nous appelons une deux-voies en France peut largement faire tenir quatre véhicules côte à côte. Pas à cause de la largeur de la route, non. Disons simplement que les cambodgiens ont un rapport à la vie et à la mort beaucoup plus relatif que le nôtre. Du coup, dépasser un camion dans un virage alors que deux voitures en dépassement arrivent en face, c’est rigolo. On ne sait pas si on y arrivera, mais c’est rigolo. Parfois, on roule dans le fossé pour que tout ce petit monde puisse passer. Et quand la situation devient vraiment tendue, un grand coup de klaxon et c’est réglé, on se rabat trois centimètres devant le camion pour éviter la collision. Tout un programme.

On est donc plutôt surpris d’arriver vivants à Siem Reap (la ville de base pour visiter les temples d’Angkor, ndlr). Même si le van nous a déposé à 3 kilomètres de notre Guesthouse et qu’on a du verser quelques litres de sueur – et de l’argent à un tuk-tuk mafieux en désespoir de cause – pour y arriver.

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Le soir, on a décidé d’aller goûter des spécialités du pays, entre deux bières dans la « Pub Street ». Oui, Siem Reap, petite bourgade cambodgienne, a une rue entièrement dédié à la dépravation alcoolique la plus totale. Il faut dire que ça brasse du touriste, et le touriste, après une journée à Angkor, il n’a qu’une envie: s’avachir devant une mousse en terrasse. Mais qui dit ville à touristes dit prix à touristes… on l’a vite compris au moment de manger, et devant le riz aux légumes à 4 euros proposé par les restos du coin, on a jeté notre dévolu sur un boui-boui moitié moins cher en bordure de la route.

Je ne sais pas ce qu’il y avait dans ce curry de poisson (Amok Fish, spécialité locale pour les intéressés) mais pour une fois dans ma vie, j’ai regretté d’avoir écouté mon porte-monnaie et d’avoir mangé au premier boui-boui du coin.
Mais ça, je ne l’ai compris que le lendemain, premier jour de visite des temples. Déjà le matin, je sentais que mes intestins voulaient me faire passer un message. Mais hors de question de faiblir un jour comme celui-là. Un tuk-tuk, 40 dollars pour un pass 3 jours, et c’était parti pour une exploration intensive des ruines d’Angkor.

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C’est à la visite du premier temple que j’ai commencé à regretter de n’avoir pas écouté le message de ce matin. J’aurai dû m’en douter, pourtant, je n’en suis pas à ma première turista.

J’ai longuement hésité à raconter les faits sur ce blog, pour ne pas choquer un éventuel lectorat qui penserait que les filles n’ont pas de système digestif, mais après tout nos aventures à Angkor ne seraient pas complètes sans ce qui va suivre. Alors voilà, j’avoue. 10h30 du matin, Preah Khan, premier temple sur le circuit et heure de pointe touristique. Contre-attaque du curry de poisson. La détresse. Je décide en bonne citoyenne qui se respecte de souffrir en silence et de faire semblant de profiter du temple jusqu’aux prochains toilettes, le sourire crispé et la goutte sur le front. Mais ceux qui l’ont déjà connue savent qu’une tourista fulgurante n’attend pas.

En l’occurrence, elle a frappé avant la sortie du temple, sur un petit chemin fréquenté sans abri pour se cacher. Foutue pour foutue, j’ai décidé de mettre pour toujours ma dignité au placard… et je suis allée faire mon affaire derrière une mini-butte de terre qui ne cachait, pour ainsi dire, rien du tout. Je voyais les gens se promener devant moi, et inévitablement ces braves gens me voyaient aussi. Une tignasse rousse carotte ça ne passe pas franchement inaperçu, entre nous. Imaginez-vous donc là, dans un lieu qui voit passer plus d’un million de touristes par an, à moitié replié derrière une motte de terre, vous vidant de vos entrailles pendant que chinois, indiens et allemands défilent joyeusement devant vous, appareil photo en main. Si je devais faire un palmarès des moments ‘WTF’ de ma vie, cette scène obtiendrait la première place haut la main. Tout ça évidemment sous l’oeil bienveillant de Val qui a assisté aux premières loges à ma détresse intestinale. Après ça je crois qu’on peut dire qu’on a tout vécu.

Pas sûr que Bouddha ait vu d’un bon œil que je chie dans son temple sacré, par contre. Tant pis pour le karma.

Le lieu du crime

Le lieu du crime – fort joli au demeurant.

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Il faut se rendre à l’évidence, on a un peu lutté pour avoir des photos dénuées de tout être humain.

Un Imodium plus tard, nous avons repris la route direction les 10 autres temples à visiter sur notre circuit. Ça en fait du touriste, de la ruine, des fresques antiques et des statuts d’éléphants. Mais ça valait son pesant de cacahuètes : chaque temple était différent, plus ou moins encastré dans la jungle, plus ou moins en ruine.

Neak Pean - les anciens bassins de la cité, si je ne m'abuse.

Neak Pean – les anciens bassins de la cité, si je ne m’abuse.

Oui parce qu’en fait – minute culturelle pour vous montrer que je sais raconter autre chose que des histoires de popo – Angkor est à la base une cité construite par divers empereurs Khmer aux noms impossibles, entre les années 900 et 1200. Des gens ont habité là dedans jusqu’à l’invasion des thaïs qui ont repris la cité vers 1400. Qui ont à leur tour abandonné Angkor pour lui préférer Ayutthaya en Thaïlande. De toute façon la cité n’aurait pas pu rester intacte, à cause de leur système hydraulique foireux et des périodes de sécheresse/pluies à répétition qui ont ruiné le site. Et c’est seulement dans les années 1800, mon vieux Jamy, que la cité a été redécouverte par des explorateurs.

Si je vous explique tout ça, ce n’est pas pour étaler ma culture, mais pour expliquer pourquoi les temples d’Angkor sont si différents les uns des autres au niveau architectural. On parle d’un truc qui s’est bâtis sur 6 siècles là, avec des empereurs qui avaient chacun leur petite lubie.

Ta Som

Ta Som

East Mebon

East Mebon

East Mebon

East Mebon

East Mebon

East Mebon

Pre Rup

Pre Rup

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Ah oui, un truc que je n’ai pas précisé : ici, comme tes congénères de tous les pays du monde, tu es un bout de viande, un portefeuille sur pattes. Et chaque temple est l’occasion pour les gamins de courir à côté de toi pour essayer de te convaincre d’acheter ses bières/ses tableaux de peinture/son repas de midi au stand n°42. Quand tu arrives sur un site, c’est un concert de « hellooooo lady » à tue-tête, de compliments sur tes cheveux ou la chance que tu as d’être avec un « handsome maaaaan ». On n’a jamais eu autant de compliments sur notre physique de rêve en une seule journée, et pourtant on était loin d’être sous notre meilleur jour. Y’a pas à dire, de vrais commerciaux ces Khmers.

Mais sans plus attendre, la suite de la session photos, parce qu’à ce rythme on n’a pas terminé l’article !

Banteay Kdei

Banteay Kdei

Banteay Kdei

Banteay Kdei

Banteay Kdei

Ta Prohm – un des lieux phares du tournage de Tomb Raider à en croire la horde de touristes

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Ce groupe de chinois émerveillés regarde en fait… un arbre. Le temple se trouve derrière.

Mais, mais... elle a foiré son cadrage!?

Ce que l’on ne vous dit pas, c’est qu’à gauche, il y a 50 personnes qui font la queue pour leur photo devant cette porte. Aujourd’hui encore je me demande comment j’ai pu prendre une telle photo sans l’ombre d’un être humain dessus. Mais restons sur le mythe du temple perdu dans la jungle…

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Et le dernier pour la route, un tout petit temple délaissé (à tord) par le reste de nos confrères voyageurs:

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Et là, vous vous dites: ça y est ! Elle nous a bien nargué avec ses photos de temples à la con, l’article touche à sa fin, je vais pouvoir éteindre ma télévision et reprendre une activité normale. Que nenni.

Que. Né. Ni.

Vous vouliez des temples, vous allez en avoir. Il n’y a pas de repos pour les guerriers. Surtout quand on a essuyé la chiasse de sa vie et qu’on a quand même réussi à s’en prendre plein la vue. On ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin.

Alors le lendemain, on a remis ça. Mais d’abord, les festivités, puisque comme je le disais plus tôt, l’appel de la bière fraîche était criant pour les pauvres touristes que nous étions. On a donc filé vers la fameuse « pub street » pour se sustenter. Pour le coup, on se serait cru en centre-ville de Grenoble / Montpellier / [insère ta ville ici] un 21 juin, tellement il était difficile de circuler, de s’entendre et de se voir. Chaque bar diffusait à fond sa propre musique ce qui donnait un espèce de mélange assez traumatisant pour nos oreilles, et les lumières de discothèques s’occupaient d’achever nos yeux. C’était la teuf, quoi. Difficile de s’imaginer qu’on est au fin fond du Cambodge quand on se retrouve là dedans. Du coup, notre soirée n’avait de cambodgienne que le repas, et pour la peine je vous poste une photo.

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Pub Street vue de notre bar

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Moi aussi je poste mes photos (mal prises) de repas sur internet, c’est trop kikou ! #yolo #repaskhmer #miamcestbon #lesharicotsetaientvraimentdesharicots (parce qu’au Cambodge on ne mange presque pas épicé – qui l’eut cru?)

Après une journée comme ça, on ne se fait pas prier pour dormir comme des masses, et c’est frais comme des gardons réveille le lendemain pour une deuxième session Angkorienne. Contrairement à la veille où nous avions hérité du meilleur chauffeur de tuk-tuk de tout Siem Reap, aujourd’hui c’était une autre paire de manche. Le mec ne bitait pas un mot d’anglais et a tiré la tronche quand on a pas voulu respecter son ordre de parcours bien établi. On a choisi de commencer par le Bayon, bravant la foule à nos risques et périls.

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Cette photo ultra-moche est sûrement sensée représenter ma joie de commencer une journée les intestins vides.

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On est HYPER contents

Après le Bayon, on a commencé à moins rigoler quand on a compris qu’on avait… perdu notre chauffeur de tuk-tuk. Le gus ne parlait pas anglais, donc, et nous avait marmonné un truc dans lequel on a compris « toilets ». Soit. Sauf qu’il n’y avait pas de toilettes aux alentours (quand je vous disait qu’Angkor était LE lieu où il ne fallait pas chopper la coulante). Après une demi-heure de recherche infructueuse et quelques litres de sueur, on a capitulé et continué notre errance dans les temples alentours. Tant pis pour le tuk-tuk, on laisse faire le karma (ça y est on a viré bouddhistes).

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Le Baphuon

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Restez calmes, ça va bien se passer

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Et là, en sortant de notre jungle perdue et isolée (cherchez l’erreur)… Aaaaallélouia ! Un champ, que dis-je, une foule de tuk-tuk amassés à la sortie, attendant le client tels des hyènes devant un bout de viande. Sauf que là, chaque tuk-tuk avait déjà son client attitré, et il fallait retrouver le nôtre. C’était un peu « où est Charlie » sans le pull rouge et blanc, parce qu’ici tous les tuk-tuk sont identiques… et les Asiat’ aussi d’ailleurs.

Finalement, c’est lui qui nous a reconnus. Ils sont forts ces types là. Quoique, je soupçonne ma tignasse visible à des kilomètres d’y être pour quelque chose.

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Une bière et un jus de coco plus tard, on a repris notre route direction les deux temples restant sur notre parcours: un truc inconnu en travaux où nous étions seuls au monde – ça fait du bien -, et le fameux Angkor Wat, le « clou du spectacle » si l’on en croit le guide du bon voyageur qui ne sort pas des sentiers battus (j’avoue, on en faisait partie pour cette fois).

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Angkor Wat était un peu THE temple, le bouquet final, l’apogée de deux jours de sueur et de larmes à crapahuter dans les autres « petits » temples. Du moins, c’est ce qu’on croyait, et c’est pourquoi on avait choisi de le garder pour la fin. Et en fait…

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Arrivés devant le site, on est d’abord tombés sur un flot constant de touristes qui défilaient sur le ponton. Soit – on en a vu d’autres. A l’intérieur, même constat. Et puis finalement, le temple avait beau être majestueux, plein d’étages et de petits recoins cachés, c’était loin d’être le clou du spectacle. Trop de monde, trop d’attrape-touristes, la moitié du site en rénovation / nettoyage, et pas assez d’arbres pour l’hippie que je suis. On aurait peut-être pas eu la même impression si Angkor Wat avait été notre premier temple, mais après tout ce qu’on avait vu… et puis, à entendre trop d’éloges sur un temple, on est toujours déçus au final. Mais sans plus attendre, des photos du monstre ! Parce que je fais ma blasée mais c’était joli quand même.

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Je pourrais continuer des heures avec mes photos, puisqu’il n’y en a pas moins de 600 sur deux jours de visite. Quand je vous disait qu’on a fait les bons touristes… Mais je ne voudrais pas vous spoiler (comment ça, trop tard?) si vous envisagez un jour une visite à Angkor.

Un peu saturés après ce deuxième jour, on avait bien mérité une nouvelle session « Pub Street ». Et puis, nous étions tout de même un 25 décembre. Bon, le 25 décembre en soi, on s’en tamponnait un peu le coquillard: on était sous les tropiques et la naissance du petit Jésus (si petit Jésus il y a eu) nous passait à 3000 kilomètres. Mais à imaginer qu’en ce moment même – décalage horaire oblige – nos compatriotes du pays s’ouvraient la panse avec des toasts au saumon et de la dinde farcie, on s’est sentis un peu cons à l’idée de manger un riz froid, et on est allés se faire un bon petit plat bien franchouillard comme on les aime.

Sauf que non. En bons radins, on avait choisi la carte la moins chère, et notre poulet / steak aux légumes et pommes de terre s’est avéré être un machin tout sec accompagné de trois frites molles. Au moins, on est rentrés en France deux jours plus tard sans regrets à ce niveau là. Du coup, on a terminé par une bière au Charlie’s (dédicace aux Montpelliérains, TMTC) et le lendemain, on était à nouveau sur la route de la mort direction Phnom Penh puis le pays du fromage et du saucisson !

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KIKOU !

CA Y EST les cocos, j’en ai terminé avec cet article, vous pouvez reprendre une vraie vie, manger, aller aux toilettes et dormir. Désolée pour le pavé… qui était, pour le coup, proportionnel à l’intensité de ce qu’on a vécu pendant 6 jours au Cambodge. Voyez le bon côté des choses: avec toutes ces photos, plus besoin de payer un aller/retour à 800 euros pour l’Asie, vous avez tout à portée de main ! Pratique, hein ?

J’achève aussi mon blog sur cet article, merci à ceux qui l’ont suivi – assidûment ou non – et qui ont laissé quelques commentaires, ça fait plaisir de voir que quelqu’un me lit. Les prochaines aventures ne risquent pas d’arriver de sitôt mais en attendant, vous pourrez me/nous voir en vrai, et ça ça n’a pas de prix… huhu

Bisous les poulets !

Cambodge, Partie 1: des animaux mignons et d’autres choses… moins mignonnes

On est rentrés en France depuis presque deux mois et tout le monde a déjà oublié l’existence de ce blog ? Allé, on en remet une couche. C’est pas parce qu’on a recommencé à bouffer du fromage à s’en péter la panse et qu’on travaille activement à faire monter les chiffres du chômage qu’il faut se laisser aller. Le Laos, c’est terminé pour un bout de temps, mais il reste une dernière péripétie à raconter (et pas des moindres) : le Cambodge !

Après trois mois dans la plus petite capitale du monde, à s’arracher les cheveux avec une patronne qui possède la capacité d’organisation d’une huître molle, des vacances s’imposaient. Bon, il y avait bien eu ces allers-retours en Thaïlande pour le visa, ou des week-ends à Vang Vieng et à Luang Prabang… mais là, c’était autre chose. Là, c’était une semaine complète sans contraintes dans un nouveau pays, du dépaysement, des temples, de la bonne bouffe, et de quoi s’en prendre plein la vue.

C’est donc frais comme des gardons qu’on se réveille un samedi matin à l’aurore pour nos dernières heures au pays du riz gluant. Frais… tout est relatif : une dernière soirée dans le bar français du coin, avec ses mojitos et ses punchs à 1 euros, ça ne pardonne pas toujours. Mais il le fallait, puisqu’en 2 heures chrono, on devait préparer nos affaires, ranger la maison, magouiller avec le proprio pour ne pas payer la facture d’électricité, et chopper notre vol pour la capitale cambodgienne. Croyez-le ou nous, on a terminé à temps. Sans payer la facture (ouuuh les rebelles).

Quitter une capitale asiatique pour une autre, ça peut paraître presque anodin. Pas quand on vient de Vientiane. Arrivés à Phnom Penh, on s’est pris dans la figure tout ce qu’on avait oublié en trois mois : les embouteillages, la pollution, des enfants – portant eux-mêmes des enfants – qui s’accrochent à toi au feu rouge pour te demander de l’argent. La pauvreté qui nous saute aux yeux, mais aussi le contraste avec les beaux bâtiments diplomatiques et les maisons barricadées des dirigeants un peu trop corrompus.

Et 30 minutes plus tard, on s’installait dans notre chambre d’hôtel de riche avec double lit double (oui, vous avez bien lu), télé, douche chaude et vue sur le coucher du soleil. Pour 15 euros la nuit. Le Cambodge, donc…

Chambre avec vue

Chambre avec vue

Le soir, l’appel de la bière a pris le dessus. Et là, nous avions deux options : l’option « dégustation en terrasse face au fleuve et à la promenade bordée de palmiers, car après tout nous sommes des gens bien » et l’option « quitte à découvrir Phnom Penh, autant se plonger directement dans le vif du sujet, en plus la bière est moins chère ». Nous avons choisi l’option 2 et nous sommes retrouvés assis sur une table en fer sur le trottoir du quartier rouge de Phnom Penh. Des lumières dans toute la rue, des enfants qui s’accrochent à ta table pour avoir à manger, des filles dénudées juste ce qu’il faut pour exercer leur métier, et des touristes en tongs et sarouel qui avaient eu la même idée que nous. Un joyeux mélange.

Pas de Beerlao mais deux bières très originales sur le choix de leur nom.

Pas de Beerlao ici, mais deux bières très inventives sur le choix de leur nom. Ce qui ne porte pas du tout à confusion.

En seulement cinq jours, on avait un programme plutôt serré, et on avait surtout prévu de filer vers Siem Reap pour visiter les temples d’Angkor. Mais on a décidé de s’attarder un jour de plus dans la capitale, pour un tour dans une réserve animalière au sud de la ville. Parce que c’était bien gentil, mais en trois mois dans le pays du millier d’éléphants… on n’en avait pas vu un seul. Les rares animaux qui avaient croisé notre chemin au Laos étaient des araignées, un lézard baptisé Alex, un serpent et notre bébé Méo. Il fallait y remédier.

Notre fidèle chauffeur de tuk-tuk nous a donc trimballés à 50km de Phnom Penh, direction le Phnom Tamao Wildlife Sanctuary. 50 km en tuk-tuk, c’est long. Très long. On a pu croiser ceci…

Transport en commun

… mais aussi, et là je n’ai pas de photo pour illustrer – c’est pas plus mal – une horde de mendiants le long de la route. Et quand je dis une horde, ce n’est pas une blague. On a compté, il y en avait pas loin d’une centaine. De 8 à 88 ans. Tous les deux mètres. Ils sortent des fourrés quand le tuk-tuk passe, un bâton pour marcher, un foulard sur les cheveux, une gamelle à la main. Si toute la misère du monde devait être rassemblée quelque part, ça pourrait être là-bas. Les petites vieilles maigres ont la peau tellement tirée sur leur mâchoire sans dents que tu te demandes comment elles tiennent encore debout. Pendant cinq kilomètres, on a roulé sur cette route poussiéreuse en essayant d’ignorer les visages suppliants qui venaient s’approcher de nous. C’était… spécial.

Le plus spécial encore, c’était cette grosse voiture aux vitres teintées juste devant nous, qui passait au ralenti en jetant de l’argent au hasard par la fenêtre, sur lequel les mendiants se jetaient. Je crois que c’est sans conteste une des scènes les plus WTF que j’ai vu dans ma petite existence – à égalité avec le tableau d’Hitler en string dans les rues de Bangkok.

L’épreuve des mendiants passée, on avait quand même des animaux à voir au bout de cette route sans fin. La réserve peut s’apparenter à un zoo avec ses animaux en cage, à la seule différence que les animaux ne sont pas amenés pour le plaisir des petits enfants et des familles, mais pour les sauver d’une fin tragique (blessure, ou voie de disparition tout simplement). Il y avait de tout…

Petit gibbon

Des petits gibbons mangeurs d’oeufs

Un truc dont j'ai oublié le nom. Appellons-le Gilbert.

Un truc dont j’ai oublié le nom. Appelons-le Gilbert.

Bébé loutre! Miouu

Un bébé loutre. Miouuuu

Tiens, coucou

Un qui fait peur quand il est trop près

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Un éléphant mignon qui nous a malgré tout craché à la gueule

Coucou toi

Encore un truc dont j’ai oublié le nom. Appelons-la Géraldine.

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Un porc-épic (si je ne m’abuse?)

Voilà, maintenant que j’ai rempli la page de photos d’animaux mignons, vous êtes dans de bonnes conditions pour la dernière partie de cet article qui elle, est vachement moins mignonne. J’aurai peut-être du faire l’inverse… mais trop tard ! Pour terminer en beauté, vous aurez droit à notre visite du… musée du génocide ! Wouhou.

Bah oui parce que le Cambodge, les temple et les porc-épics, c’est bien joli, mais n’oublions pas qu’il y a une quarantaine d’années c’était nettement moins drôle pour nos amis les Khmers. J’ai un peu honte en vous disant que j’ai appris la vraie histoire des Khmers Rouges seulement à mon arrivée au Cambodge, mais mieux vaut tard que jamais comme dirait l’autre. Pour la faire courte, un méchant révolutionnaire du nom de Pol Pot a décidé d’instaurer une méchante dictature communiste et de massacrer une grande partie de sa population. Pour tout le reste, il y a Wikipédia.

Sous Pol Pot, avoir des lunettes ou lire des livres était un motif suffisant pour être exécuté. On sait jamais, des fois que sous cette paire de lunette se cache un espion infiltré de la CIA. La plupart de ces gens là (mais pas qu’eux) ont été torturés à l’endroit même où ils ont installé le musée du génocide, dans une ancienne école évacuée pour l’occasion. Si ils ne mourraient pas sur place, on les achevait sur un terrain de tir au sud de la ville.

Savoir que c’était ici que se passaient les séances de tortures a donné à notre visite un côté carrément glauque… les barbelés étaient encore là, et potences aussi, les tables d’interrogatoire et les barres de fer pour attacher les prisonniers. Il y avait même les crânes de certaines victimes. Ambiaaance.

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Petite chambre cosy avec vue sur la ville

Petite chambre cosy avec vue sur la ville

Les bourreaux prenaient un grand soin à photographier chacune de leur victime à leur arrivée dans le camp

Les bourreaux prenaient un grand soin à photographier chacune de leur victime à leur arrivée dans le camp

Bon en réalité, c’était pas si glauque que ça car le soleil brillait dehors et qu’on était entourés d’une horde de touristes en tongs. Mais quand même, ça valait le détour, rien que pour comprendre un peu dans quel pays on avait mis les pieds.

Et je vous laisse donc sur ces merveilleuses images de condamnés à mort, pour vous tenir en haleine jusqu’au prochain post qui lui, entrera dans le vif du sujet – ce que vous attendez tous… les aventures intestinales de Coline dans les ruines d’Angkor !Suspens à son comble.

Bon week-end et à la semaine prochaine ! Des bisous.

Parce que le gras, c’est la vie

Chose promise, chose due (dédicade à toi ma soeuw’), même avec 2 mois de retard… voici l’article gastro(nomie) !

Comme son prédécesseur Indonésien, cet article parle donc de nourriture. Et pas n’importe laquelle : la nourriture sud-est-asiatique, pour laquelle certains paieraient 15 euros le temps d’un repas dans un restaurant thai/chinois/japonais sans saveurs. Ici, en divisant par 10, on a le même plat, mais avec 10 fois plus de goût. Bon, c’est évidemment dû aux MSG (monosodium glutamate pour les incultes – dont je faisais partie jusqu’à mon arrivée au Laos). Les MSG sont ces merveilleux cristaux qui ressemblent à du sel et que les Asiatiques usent à foison dans tous les repas. Apparemment, c’est bourré de cochonneries mais on s’en fout, ça rend les plats bons. Et puis c’est pas comme si on entretenait notre cancer tous les jours avec la pollution ambiante alors des MSG en plus…

Un slogan hyper vendeur

Un slogan hyper vendeur

La nourriture, donc, est savoureuse. Pas chère. Variée (oui, on peut faire beaucoup de choses avec du riz et de la viande). Epicée. Trèèès épicée. Et fourbe : les piments sont cachés, prennent la forme de pseudo-haricots verts ou dispersés dans la viande, ce qui les rend impossibles à trier. Mais on s’y fait, comme tout. Limite si maintenant, on n’est pas déçus d’avoir dans notre assiette un plat ‘pas trop’ épicé (notons les guillemets car cette notion est toute relative : pas trop épicé, chez un asiat, c’est l’incendie chez nous).

La cuisine Lao est inspirée de la cuisine Thai, et les deux pays ont beaucoup de plats en commun. A part deux, bien spécifiques au Laos et qui en font la fierté nationale : la papaya salad (salade de papaye en français, car vous ne l’aviez pas deviné) et le laap, plat de viande émincée avec feuilles de menthe, basilic et autres épices dont j’oublie le nom. Le tout s’accompagne toujours de riz gluant, autre symbole du laos, qui contribue tout autant à leur bonheur qu’à leur diabète et qu’ils mangent matin, midi et soir.

Pour bien manger lao, il te faut :

– Des mains propres : le riz gluant se malaxe entre les mains pour en faire une boulette à tremper dans la sauce.
– Un palais préparé à tout : les haricots magiques sont fourbes et se cachent là où vous vous y attendiez le moins. Et ça fait pas du bien par où ça passe ! (à l’entrée comme à la sortie).
– Aimer la sauce à base de crevettes et de poisson qui s’utilise dans tous les plats.
– Etre patient. Si tu commandes en heure de pointe, ton plat risque d’arriver dans la demi-heure, et celui de ton congénère, une demi-heure plus tard. Si comme nous tu es bien français et que tu attends que l’autre soit servi pour commencer à manger, ta patience sera mise à rude épreuve.
– Etre paré à toute éventualité : le plat de viande aux légumes que tu avais commandé peut très bien devenir un ragoût de fruits de mer dans une sauce gluante en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le lao ne parlant pas anglais, les trois premiers mots indispensables à ta survie seront « poulet, bœuf et porc ».

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Cette photo vous coupe l’appétit? Moi aussi. C’est une stratégie pour éviter de vous donner trop faim avec les photos suivantes.

Niveau plat, on a de tout, de la simple soupe de nouilles instantanées au plat de riz à la viande revenue dans une sauce basilic et épices. Les lao mangent en général une soupe le matin, une soupe le midi et un plat ‘commun’ le soir, qu’ils partagent avec toute la famille. On a beau essayer de s’intégrer à la culture, la soupe du matin n’a pas réussi à faire concurrence à nos tartines beurre/confiture. Par contre, le midi ça passe tout seul, même par 35 degrés dehors. En général, tu commandes une soupe au poulet ou au bœuf et elle arrive avec plein de petits légumes et piments à côté, que tu rajoutes comme tu veux selon tes goûts. Le challenge, évidemment, étant de l’épicer un peu plus à chaque fois.

Les lao sont très communautaires, comme la plupart des asiat’, et partagent tout, même la bouffe. Il est fréquent de voir 10 plats installés sur une même table où chacun picore selon ses envies. En France, c’est chacun son assiette, chacun sa merde. Ici, on bouffe tous pareils, et t’as plutôt intérêt à manger aussi vite que ton voisin si tu ne veux pas être lésé à la fin. Ceux m’ont déjà vu manger savent que c’est foutu pour moi.

Pour les allochtones comme nous (toi aussi, tu as appris un mot) qui n’ont pas de famille lao avec qui partager la pitance, il y a deux options : cuisiner à la maison ou manger dehors. On a bien essayé de se concocter des petits plats sur nos deux plaques électriques hein, mais c’était un coup à se retrouver à 23 heures avec une platée de riz aqueuse dans lequel nagent 3 brocolis et des courgettes amères. Face à ces échecs cuisants, l’option « boui-boui du coin » a largement remporté la main.

Du sticky rice ! En gros, l'équivalent de notre pain français. Enfin... plus ou moins.

Le riz gluant à la casserole, début d’une grande aventure… qui ne durera pas longtemps.

On s’est rapidement fait une petite sélection de restos dans les environs, et ajouté à ceux dans lesquels je mangeais le midi au boulot, je pourrai presque devenir critique gastronomique des boui-bouis de Vientiane. Du coup, on a pu tester un peu tous les plats possibles et imaginables de la culture laotienne, avec son lot de déception, de bonheur et de désagréments intestinaux. Sans plus attendre (parce que ça fait quand même une heure que je déblatère sur des choses inutiles), une petite sélection non-exhaustive.

(parenthèse copyright toussa toussa: certaines photos ont été subtilisées au monde merveilleux d’internet. Rendons à Google Images ce qui appartient à Google Images).

Le Laap

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Émincé de boeuf sauce crevette et son ail en tranches sur lit de salade verte et feuilles de menthes accompagné de tranches de concombres et du riz gluant du Chef.

Le pad khapao (plat thaï, si je ne m’abuse. Mais consommé ici autant que le pain/fromage chez nous)

Pad khapao

Toi aussi joue avec nous: combien y’a t’il de piments sur cette photo? (attention, des piments déguisés se cachent sur cette image, saura-tu les retrouver?)

La papaya salad

Papaya salad

Toi aussi joue avec nous (2): saura-tu retrouver tous les ingrédients de ce plat? (indice: cette fois-ci les haricots verts sont bien des haricots verts)

La soupe (ah bon?)

Lao Noodle Soup 2

Quand tu choisis bien ton boui-boui, c’est comme ça qu’arrive une soupe: bien garnie, avec la dose de piment et les légumes à ajouter toi-même, comme un grand !

Le Pad Thai (qui comme son nom l’indique, ne vient pas du Laos, mais qu’on bouffe allègrement ici aussi. Parce que c’est bon pour les artères et ça entretient notre cholestérol)

Nouilles frites, cacahuètes, pousses de soja et poulet. C'est tout ce qu'on aime, comme dirait l'autre.

Nouilles frites, cacahuètes, pousses de soja et poulet. C’est tout ce qu’on aime, comme dirait l’autre.

Le sandwich au pâté (oui oui)

Vous choisissez parmi ces ingrédients fort alléchants et vous vous dites que vous allez bien manger...

Vous choisissez parmi ces ingrédients fort alléchants et vous vous dites que vous allez bien manger…

Et là, c'est le drame. De la graisse de porc, des lamelles de noix de coco, des tiges de pissenlit, du beurre. Une expérience... intéressante pour nos estomacs.

… et là, c’est le drame. De la graisse de porc, des lamelles de noix de coco, des tiges de pissenlit, du beurre. Une expérience… intéressante pour nos estomacs.

La sauce à la crevette

Kapi

Cette jolie pâte à l’aspect diarrhéique ne vous inspire pas confiance? Dommage, il va falloir faire avec: elle est là, subtile, dans tous vos repas. Entre ça et les MSG, il y a des moments dans la vie où il faut accepter son destin.

Et pour bien terminer, les boissons, qui contribuent à une alimentation équilibrée tout au long de la journée:

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5 fruits et légumes par jour …

Des protéines

… des protéines …

... et des céréales pour les féculents.

… et des céréales pour les féculents.

Si je n’ai parlé que de choses salées pour l’instant, c’est simplement parce que niveau desserts au Laos, c’est pas folichon. Ou très très sucré. Par contre, il semble y avoir un engouement général pour les ‘boulangeries WTF’ aux néons verts apocalyptiques remplies de gâteaux-pièces montées fourrées à la crème. Au moins 5 dans la rue à côté de chez nous. Une tentative de concurrence avec les boulangeries à la française? Je vous laisse juger…

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Oui oui, ce sont bien des Pères Noël en arrière-plan.

Bon, je pourrai aussi parler des fruits et légumes chelous, des aubergines amères, des durians nauséabonds, mais comme on les retrouve dans toute l’Asie, rien de typique. En réalité, mon quotidien était fait de mangues, d’ananas et de bananes, et je m’en portais plutôt bien (mais c’est surtout parce qu’après 3 mois, je ne savais toujours pas différencier une goyave d’une grenade et que je n’osais pas acheter les fruits aux formes bizarres au marché local. Tu parles d’une aventurière…).

Si cet article a réussi à vous ouvrir l’appétit, j’ai atteint mon objectif… et je vous laisse donc sur votre faim (huhu) jusqu’au prochain article de la semaine prochaine sur le Cambodge ! (on rattrape le temps perdu… le chômage ça a du bon)

A bientôt les cocos !

Luang Prabang, ou comment avoir froid en pull dans un pays tropical

Certes, je poste cet article depuis la France, mais pour ma défense, il a été écrit à Vientiane en décembre lors d’un énième journée improductive au boulot. Mais au Laos, entre écrire un article et le poster, photos à l’appui, il se passe facilement 2 semaines, connexion internet oblige.

Pour resituer, l’histoire se passe le premier week-end de décembre (il y a un mois, mais vous avez l’habitude). Le 2 décembre, c’est fête nationale au Laos, l’occasion pour les Lao d’afficher leur amouuuur du parti communiste en accrochant un drapeau du Parti à toutes les maisons. Le lundi 2 décembre, c’est aussi jour férié, l’occasion ou jamais d’en profiter pour explorer Luang Prabang, à quelques 300km au Nord de Vientiane. Car non, à part ça, je n’ai pas de jours de congés.

Luang Prabang, donc, charmante bourgade qui fût un temps la capitale de ce beau pays qu’est le Laos. Aujourd’hui, elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, principalement pour protéger ces beaux bâtiments coloniaux et éviter que la ville ne devienne l’industrie du tourisme de masse. Je dois avouer que niveau charme et authenticité, j’ai été agréablement surprise.

 

En même temps, après avoir failli mourir plusieurs fois sur le trajet en bus, tout nous semblait merveilleux, même sous la pluie, en tongs par 15 degrés dehors. On avait d’abord opté pour l’avion, et puis notre conscience budgétaire nous a rattrapé et on a choisi l’option bus de nuit pour 80 dollars de moins. Ce que l’on ne savait pas, c’est que pour chaque dollar économisé, tu diminues ton espérance de vie d’autant. 80%, donc.

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Goodbye cruel world

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Le bus en soi était plutôt sympa, avec ses trois rangées de pseudo-lits superposés où tout est fait pour que tu passes une bonne nuit : couverture, siège inclinable, bouteille d’eau et petit gâteau bien gras. Ce qui n’était pas précisé en revanche, c’est qu’une fois que le bus démarre, l’idée même d’une « bonne nuit » te semble loin. On lance la musique lao, pour se mettre dans l’ambiance. Le chauffeur avance dans la brume, et s’engage sur des routes de montagnes sinueuses où la seule façon de signaler sa présence au conducteur d’en face est de donner un grand coup de klaxon. Le chauffeur conduit donc pendant 10 heures d’affilée, en pleine nuit, sans pause, sur des routes bordées de ravins et… dans le brouillard. Dans ce cas-là, tu n’a qu’une chose à faire : dormir. Vite. Pour ne pas y penser. Et on peut témoigner : le chauffeur ne voyait pas à trois mètres, quelqu’un lui essuyait le pare-brise pendant qu’il négociait des virages serrés à toute vitesse et les roues se sont sûrement décollées à plusieurs reprises dans les virages.

Autant dire qu’on était pas mécontents d’arriver, même si ça impliquait de se prendre 15 degrés dans la figure et une vieille pluie parisienne toute dégueu. On a trouvé une guesthouse pas chère, et c’était parti pour 3 jours de glande ! (Oui parce qu’en vacances, faut pas trop nous en demander non plus. Notre vie est tellement active à Vientiane, ça serait dommage de se surmener).

Bon, pour notre défense, Luang Prabang est une ville un peu hors du temps où il faut prendre son temps, manger, boire une bière, manger, ne rien faire, boire une bière, manger, se reposer. La ville en elle-même n’est pas grande, deux rues principales, tout se fait à pied. Evidemment, c’est blindé de touristes, mais rien d’envahissant. Ici, c’est plutôt les cinquantenaires en totale combi Quechua et chaussures de randos, ou les jeunes backpackers en quête de spiritualité.

A Luang Prabang, tu as le choix entre (1) visiter les temples (2) se balader aux alentours parmi les cascades et les éléphants (3) glander à la terrasse d’un café en faisant des commentaires sur les gens qui passent.
On a fait les trois, ce qui a déjà bien rempli notre week-end. On a commencé par monter au Phou Si, colline au milieu de la ville sur laquelle trône ceci :

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Mais d’abord, il faut monter ça :

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Mais ça vaut le coup, puisqu’en haut, on a droit à cette vue:

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Oui bon, la rivière est marron, mais on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Le lendemain, on a pris un tour/package tout compris (oui, j’ai honte) direction les cascades de Kuang Si et le « Bear Rescue Centre », un endroit qui, comme vous l’avez compris, sauve des ours en détresse des méchants braconniers. Et ils ont plutôt la belle vie:

Bear

Et détrompez-vous, la rivière du dessus a beau être marron dégueu, quand on s’éloigne un peu on a le droit à de l’eau dans ces tons-là:

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Note: de l’autre côté, il y a une horde d’anglaises en bikini qui se baignent en poussant de cris stridents, mais concentrons-nous plutôt sur la bôôôté du paysage. Et de ces cascades:

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Bref, en évitant la foule de japonais et d’anglaises, ça valait les 10 dollars dépensés pour le tour.

Le dernier jour, activité 3 du programme du parfait touriste, on a glandé en ville, alternant entre cafés, bars, cafés, bars et restaurants. La température étant remontée de quelques degrés, atteignant presque une chaleur raisonnable (18 degrés !) il fallait en profiter. Mais de toute façon, glander dans la ville fait partie des incontournables, pour les vieux bâtiments coloniaux et le charme de l’endroit.

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Le lundi soir, on a repris le couloir de la mort direction Vientiane : un nouveau trajet de 10h en montagne dans le brouillard nocturne avec un chauffeur aux tendances suicidaires. Mais on est au Laos, et au Laos tout peut arriver… même nous, en vie, et à l’heure pour le boulot ! Ce pays n’en finit pas de me surprendre…

D’ici le prochain article (on va essayer), noyez joël et beaux nénés, bisous les copains !

Pendant ce temps dans la plus petite capitale du monde…

Moins il nous reste de temps avant le retour en France, plus je me dis que le blog n’aura été qu’une succession d’articles sur nos trips en dehors de Vientiane (qui se comptent pourtant sur les doigts de la main). C’est pas faute d’avoir essayé de raconter Vientiane, hein, mais rendons-nous à l’évidence : on a beau habiter dans un pays au nom exotique, à part quelques palmiers, un peu de moustiques, et beaucoup de riz, notre quotidien n’est pas tellement plus folichon que celui du jeune cadre dynamique à la Défense.

Les Champs Elysées et l'Arc de Triomphe... version Indochine post-coloniale.

Les Champs Élysées et l’Arc de Triomphe… version Indochine post-coloniale. On s’y croirait… presque.

Du coup, nos vies quotidiennes au boulot et à la maison, tout le monde s’en tamponne un peu les escarres. J’aurai à la limite une petite anecdote du bureau ou deux à raconter… mais même pas ! Et pour cause : ça fait plus d’un mois que je travaille totalement seule. Le principe de collaboration n’est visiblement pas inscrit dans les gènes de ma gentille patronne, qui n’est pas venue une seule fois au bureau en près de 5 semaines. Bon, je ne vais pas m’étaler sur mes déboires au boulot, Valentin les subit déjà au quotidien lorsque je rentre à 18h et que je lui sors un monologue d’une demi-heure sur mon désespoir de travailler pour quelqu’un qui n’a aucun sens de l’organisation et qui plane quelque part au dessus des nuages (et pourtant niveau organisation je ne suis pas un exemple, alors vous imaginez le spécimen).

Bref, le boulot se passe mal, mais on se console sur le fait que tout le reste va pour le mieux. On ne roule pas sur l’or mais on mange tous les soirs dans l’équivalent d’un resto asiatique où le français Lambda paierait 15 euros pour une soupe alors qu’on n’en dépense même pas 2, la température ne descend jamais en dessous des 20 degrés (même si ça s’est carrément rafraîchi en décembre et que j’avoue, oui, je brise le tabou: nous mettons des pulls le soir), on ne s’est pas encore entretués malgré le fait qu’on passe 15 heures par jour ensemble, et… tadadaaaam… on rentre en France avant la fin de l’année ! ça y est c’est annoncé, j’ai cassé le suspens, mais c’est pour que vous ayez plus de temps pour vous préparer à notre retour, organiser des fêtes surprises, nous acheter des cadeaux, tout ça quoi.

Malgré notre routine de Vientiane, notre quotidien est parfois ponctué de petites choses plutôt cool, comme ce mini chaton qui a fait partie de la famille pendant une journée. Ici, il y a énormément d’animaux abandonnés qui finissent dans les temples, où les gens pensent que les moines s’en occuperont. Sauf que les moines, c’est un peu comme nous, ils roulent pas (du tout) sur l’or. Alors les animaux errent, sont malades ou meurent. C’est une touriste qui l’a récupéré, et moi j’ai récupéré une touriste paniquée qui ne savait pas quoi faire du chaton. Difficile de résister face à la bête, vous me direz :

Meo1

Meo2

Malheureusement, après une nuit passée à nos côtés où on a failli l’écraser plus d’une fois (un chaton de 6 semaines, ça ne tient pas en place plus d’une heure), on a dû lui trouver une nouvelle famille car bon, la gentille douane française n’aurait sûrement pas trop apprécié le fait qu’on l’ait trouvé un mois plus tôt dans la rue d’un des pays les plus pauvres d’Asie.

A la place, on a choisi d’adopter un truc un peu plus petit, un peu moins encombrant et qui ne miaule pas quand il a envie d’un câlin ou de faire caca: ce petit lézard tout mignon qui a échappé 2 fois à la noyade sous la douche mais qui nous reste fidèle: Alexandre! (allez savoir)

Alex

Niveau animal, on a aussi eu droit à une compagnie un peu moins sympathique lorsqu’un serpent a eu la bonne idée d’élire domicile dans notre maison. Il était tout petit hein (20 cm à tout casser), mais pour notre défense, il aurait très bien pu être venimeux et puis bon… on savait pas hein, faut pas nous en vouloir. Un peu flippés, on a appelé la proprio, et deux minutes plus tard le quartier entier (bon, 3 personnes) débarquait avec bâtons, lampe frontale et tout l’attirail. Quand ils ont vu la bête et qu’ils ont rigolé, on s’est sentis très cons. En deux minutes, c’était réglé, et on s’était pris la honte auprès de toute la famille de notre proprio. Mais au moins, on a dormi tranquille. A défaut d’une photo de la bête, je vais mettre une photo d’araignée trouvée sur la route entre Vientiane et Vang Vieng – ce qui avouons-le, est équivalent à la vue d’un serpent pour pas mal de personnes.

Spider

Dans la catégorie des choses plutôt cool, on a aussi découvert qu’à Vientiane il n’y avait pas que des restaurants de rue qui diffusent à fond de la musique lao over-kitsch (minute culturelle : le gouvernement laotien impose un quota de chansons laotiennes dans les bars et restaurants pour, soi-disant, promouvoir la culture locale. Mais quand on voit à quoi ressemblent les chansons laotiennes, on a les oreilles qui saignent un peu). Il y a aussi quelques bars sympas dont un, tenu par un français, qui sert du bon punch, de la bière et des mojitos et qui, ô miracle : organise des concerts ! Oui oui, des vrais concerts, avec une vraie batterie, une vraie guitare, des amplis et un groupe avec des vrais morceaux d’humains dedans. Au premier concert la semaine dernière, on s’est senti un peu comme un somalien dans le désert qui tombe sur un oasis. Parce qu’ici au Laos, l’accès à la culture est quasi-nulle. Littérature ? Tous les livres ont été brûlés lorsque le parti communiste est arrivé au pouvoir en 1975. Musique ? Comme je le disais, nos oreilles saignent. Journaux ? Il existe un seul journal en anglais, dont les articles sont aussi plats qu’une chronique du journal de 13h sur TF1.

Honnêtement, on se demande vraiment de quoi peuvent bien parler les Lao lors des repas de famille. Les traditions religieuses comme le festival des pagodes (fin du jeûne bouddhiste) ou le Festival That Luang (à la pleine lune en Novembre) se sont transformés en fête foraine géante où les stands Nokia et Samsung s’alignent à côté des Beer Garden sponsorisés en grande pompe par BeerLao ou Beeline, entreprise de télécom qui, littéralement, domine le monde. Je suis tous les jours étonnée par les contradictions énormes de ce pays.

Je pourrais d’ailleurs en parler longtemps mais pour éviter les complications, j’attendrai mon retour en France…

Notez le joli ballon "Gangnam Style", pour ne pas perdre vos copains dans la foule

That Luang Festival, entre traditions bouddhistes et dancefloor géant. Bon, la photo est à chier mais c’est tout ce que j’ai. Notez tout de même le joli ballon « Gangnam Style », pour ne pas perdre vos copains dans la foule!

Bref, pour un article simple et court, j’ai encore trop parlé. A la base, c’était pour vous faire patienter un peu jusqu’à la semaine prochaine où je vais tenter de vous pondre un article sur Luang Prabang, ville classée patrimoine mondial de l’UNESCO où on est allés la semaine dernière, et sur la bouffe laotienne qui vaut quand même le détour. De toute façon, je n’ai tellement rien à faire au boulot et je suis tellement blasée que je n’hésiterai pas à mettre à profit mes 8 heures ‘obligatoires’ de travail par jour pour vous raconter nos derniers déboires niakoués !  Restez connectés (mais après tout vous le pouvez, vous, avec votre connexion ADSL 3G Fibre Wifi 4G à 1000000 k/s, bande de cons).

Allé zou, bon week-end à tous et à la semaine prochaine pour moins de pavé et plus de photos (parce qu’au fond, je le sais, vous voulez des photos, c’est tout).

Bisous bisous