Cambodge, Partie 2: Angkor, ses temples, son charme, ses buissons… surtout ses buissons.

[ Attention, cet article est horriblement long, vous pouvez encore faire demi-tour à ce stade. Fuyez. FUYEEEEZ ! ]

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C’est pas tout ça mais on était quand même venus au Cambodge pour voir les temples d’Angkor. Contrairement aux éléphants et autres animaux sauvages qu’on n’avait pas vu au Laos, des temples, on en avait eu pour notre argent. Mais là, rien à voir avec les petits monuments au toit brillant qu’on croisait à tous les coins de rues à Vientiane. Là, c’était du lourd, des ruines vieilles de presque un millénaire en pleine jungle tropicale.

Les temples d’Angkor faisaient partie des choses que je devais voir avant de mourir. Je ne sais pas depuis quand ça date, sûrement un reportage sur Arte ou un extrait du film Tomb Raider (que je n’ai d’ailleurs pas vu – à défaut d’avoir trop joué au jeu). Allez savoir. En tout cas, les ruines d’Angkor avaient toujours exercé une espèce de fascination pour moi, et du coup ce voyage, c’était un peu l’accomplissement de toute une vie, la lumière au bout du tunnel, la fin d’une quête à la recherche de soi… tout ça quoi.

C’est donc frais et repus d’un méga petit-déj pain-œufs-beurre-confiture-fruits-café – ah, les saveurs de l’Asie – qu’on embarque dans un mini-van pour 5 heures de route le long des campagnes cambodgiennes. On a rapidement réalisé que le mini-van serait peut-être le témoin de nos derniers instants de vie, et que le petit déjeuner de ce matin n’était pas une si bonne idée, finalement. Moi qui me plaignais de la circulation laotienne, j’ai vite revu mon jugement au Cambodge. Ici, ce que nous appelons une deux-voies en France peut largement faire tenir quatre véhicules côte à côte. Pas à cause de la largeur de la route, non. Disons simplement que les cambodgiens ont un rapport à la vie et à la mort beaucoup plus relatif que le nôtre. Du coup, dépasser un camion dans un virage alors que deux voitures en dépassement arrivent en face, c’est rigolo. On ne sait pas si on y arrivera, mais c’est rigolo. Parfois, on roule dans le fossé pour que tout ce petit monde puisse passer. Et quand la situation devient vraiment tendue, un grand coup de klaxon et c’est réglé, on se rabat trois centimètres devant le camion pour éviter la collision. Tout un programme.

On est donc plutôt surpris d’arriver vivants à Siem Reap (la ville de base pour visiter les temples d’Angkor, ndlr). Même si le van nous a déposé à 3 kilomètres de notre Guesthouse et qu’on a du verser quelques litres de sueur – et de l’argent à un tuk-tuk mafieux en désespoir de cause – pour y arriver.

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Le soir, on a décidé d’aller goûter des spécialités du pays, entre deux bières dans la « Pub Street ». Oui, Siem Reap, petite bourgade cambodgienne, a une rue entièrement dédié à la dépravation alcoolique la plus totale. Il faut dire que ça brasse du touriste, et le touriste, après une journée à Angkor, il n’a qu’une envie: s’avachir devant une mousse en terrasse. Mais qui dit ville à touristes dit prix à touristes… on l’a vite compris au moment de manger, et devant le riz aux légumes à 4 euros proposé par les restos du coin, on a jeté notre dévolu sur un boui-boui moitié moins cher en bordure de la route.

Je ne sais pas ce qu’il y avait dans ce curry de poisson (Amok Fish, spécialité locale pour les intéressés) mais pour une fois dans ma vie, j’ai regretté d’avoir écouté mon porte-monnaie et d’avoir mangé au premier boui-boui du coin.
Mais ça, je ne l’ai compris que le lendemain, premier jour de visite des temples. Déjà le matin, je sentais que mes intestins voulaient me faire passer un message. Mais hors de question de faiblir un jour comme celui-là. Un tuk-tuk, 40 dollars pour un pass 3 jours, et c’était parti pour une exploration intensive des ruines d’Angkor.

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C’est à la visite du premier temple que j’ai commencé à regretter de n’avoir pas écouté le message de ce matin. J’aurai dû m’en douter, pourtant, je n’en suis pas à ma première turista.

J’ai longuement hésité à raconter les faits sur ce blog, pour ne pas choquer un éventuel lectorat qui penserait que les filles n’ont pas de système digestif, mais après tout nos aventures à Angkor ne seraient pas complètes sans ce qui va suivre. Alors voilà, j’avoue. 10h30 du matin, Preah Khan, premier temple sur le circuit et heure de pointe touristique. Contre-attaque du curry de poisson. La détresse. Je décide en bonne citoyenne qui se respecte de souffrir en silence et de faire semblant de profiter du temple jusqu’aux prochains toilettes, le sourire crispé et la goutte sur le front. Mais ceux qui l’ont déjà connue savent qu’une tourista fulgurante n’attend pas.

En l’occurrence, elle a frappé avant la sortie du temple, sur un petit chemin fréquenté sans abri pour se cacher. Foutue pour foutue, j’ai décidé de mettre pour toujours ma dignité au placard… et je suis allée faire mon affaire derrière une mini-butte de terre qui ne cachait, pour ainsi dire, rien du tout. Je voyais les gens se promener devant moi, et inévitablement ces braves gens me voyaient aussi. Une tignasse rousse carotte ça ne passe pas franchement inaperçu, entre nous. Imaginez-vous donc là, dans un lieu qui voit passer plus d’un million de touristes par an, à moitié replié derrière une motte de terre, vous vidant de vos entrailles pendant que chinois, indiens et allemands défilent joyeusement devant vous, appareil photo en main. Si je devais faire un palmarès des moments ‘WTF’ de ma vie, cette scène obtiendrait la première place haut la main. Tout ça évidemment sous l’oeil bienveillant de Val qui a assisté aux premières loges à ma détresse intestinale. Après ça je crois qu’on peut dire qu’on a tout vécu.

Pas sûr que Bouddha ait vu d’un bon œil que je chie dans son temple sacré, par contre. Tant pis pour le karma.

Le lieu du crime

Le lieu du crime – fort joli au demeurant.

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Il faut se rendre à l’évidence, on a un peu lutté pour avoir des photos dénuées de tout être humain.

Un Imodium plus tard, nous avons repris la route direction les 10 autres temples à visiter sur notre circuit. Ça en fait du touriste, de la ruine, des fresques antiques et des statuts d’éléphants. Mais ça valait son pesant de cacahuètes : chaque temple était différent, plus ou moins encastré dans la jungle, plus ou moins en ruine.

Neak Pean - les anciens bassins de la cité, si je ne m'abuse.

Neak Pean – les anciens bassins de la cité, si je ne m’abuse.

Oui parce qu’en fait – minute culturelle pour vous montrer que je sais raconter autre chose que des histoires de popo – Angkor est à la base une cité construite par divers empereurs Khmer aux noms impossibles, entre les années 900 et 1200. Des gens ont habité là dedans jusqu’à l’invasion des thaïs qui ont repris la cité vers 1400. Qui ont à leur tour abandonné Angkor pour lui préférer Ayutthaya en Thaïlande. De toute façon la cité n’aurait pas pu rester intacte, à cause de leur système hydraulique foireux et des périodes de sécheresse/pluies à répétition qui ont ruiné le site. Et c’est seulement dans les années 1800, mon vieux Jamy, que la cité a été redécouverte par des explorateurs.

Si je vous explique tout ça, ce n’est pas pour étaler ma culture, mais pour expliquer pourquoi les temples d’Angkor sont si différents les uns des autres au niveau architectural. On parle d’un truc qui s’est bâtis sur 6 siècles là, avec des empereurs qui avaient chacun leur petite lubie.

Ta Som

Ta Som

East Mebon

East Mebon

East Mebon

East Mebon

East Mebon

East Mebon

Pre Rup

Pre Rup

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Ah oui, un truc que je n’ai pas précisé : ici, comme tes congénères de tous les pays du monde, tu es un bout de viande, un portefeuille sur pattes. Et chaque temple est l’occasion pour les gamins de courir à côté de toi pour essayer de te convaincre d’acheter ses bières/ses tableaux de peinture/son repas de midi au stand n°42. Quand tu arrives sur un site, c’est un concert de « hellooooo lady » à tue-tête, de compliments sur tes cheveux ou la chance que tu as d’être avec un « handsome maaaaan ». On n’a jamais eu autant de compliments sur notre physique de rêve en une seule journée, et pourtant on était loin d’être sous notre meilleur jour. Y’a pas à dire, de vrais commerciaux ces Khmers.

Mais sans plus attendre, la suite de la session photos, parce qu’à ce rythme on n’a pas terminé l’article !

Banteay Kdei

Banteay Kdei

Banteay Kdei

Banteay Kdei

Banteay Kdei

Ta Prohm – un des lieux phares du tournage de Tomb Raider à en croire la horde de touristes

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Ce groupe de chinois émerveillés regarde en fait… un arbre. Le temple se trouve derrière.

Mais, mais... elle a foiré son cadrage!?

Ce que l’on ne vous dit pas, c’est qu’à gauche, il y a 50 personnes qui font la queue pour leur photo devant cette porte. Aujourd’hui encore je me demande comment j’ai pu prendre une telle photo sans l’ombre d’un être humain dessus. Mais restons sur le mythe du temple perdu dans la jungle…

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Et le dernier pour la route, un tout petit temple délaissé (à tord) par le reste de nos confrères voyageurs:

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Et là, vous vous dites: ça y est ! Elle nous a bien nargué avec ses photos de temples à la con, l’article touche à sa fin, je vais pouvoir éteindre ma télévision et reprendre une activité normale. Que nenni.

Que. Né. Ni.

Vous vouliez des temples, vous allez en avoir. Il n’y a pas de repos pour les guerriers. Surtout quand on a essuyé la chiasse de sa vie et qu’on a quand même réussi à s’en prendre plein la vue. On ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin.

Alors le lendemain, on a remis ça. Mais d’abord, les festivités, puisque comme je le disais plus tôt, l’appel de la bière fraîche était criant pour les pauvres touristes que nous étions. On a donc filé vers la fameuse « pub street » pour se sustenter. Pour le coup, on se serait cru en centre-ville de Grenoble / Montpellier / [insère ta ville ici] un 21 juin, tellement il était difficile de circuler, de s’entendre et de se voir. Chaque bar diffusait à fond sa propre musique ce qui donnait un espèce de mélange assez traumatisant pour nos oreilles, et les lumières de discothèques s’occupaient d’achever nos yeux. C’était la teuf, quoi. Difficile de s’imaginer qu’on est au fin fond du Cambodge quand on se retrouve là dedans. Du coup, notre soirée n’avait de cambodgienne que le repas, et pour la peine je vous poste une photo.

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Pub Street vue de notre bar

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Moi aussi je poste mes photos (mal prises) de repas sur internet, c’est trop kikou ! #yolo #repaskhmer #miamcestbon #lesharicotsetaientvraimentdesharicots (parce qu’au Cambodge on ne mange presque pas épicé – qui l’eut cru?)

Après une journée comme ça, on ne se fait pas prier pour dormir comme des masses, et c’est frais comme des gardons réveille le lendemain pour une deuxième session Angkorienne. Contrairement à la veille où nous avions hérité du meilleur chauffeur de tuk-tuk de tout Siem Reap, aujourd’hui c’était une autre paire de manche. Le mec ne bitait pas un mot d’anglais et a tiré la tronche quand on a pas voulu respecter son ordre de parcours bien établi. On a choisi de commencer par le Bayon, bravant la foule à nos risques et périls.

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Cette photo ultra-moche est sûrement sensée représenter ma joie de commencer une journée les intestins vides.

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On est HYPER contents

Après le Bayon, on a commencé à moins rigoler quand on a compris qu’on avait… perdu notre chauffeur de tuk-tuk. Le gus ne parlait pas anglais, donc, et nous avait marmonné un truc dans lequel on a compris « toilets ». Soit. Sauf qu’il n’y avait pas de toilettes aux alentours (quand je vous disait qu’Angkor était LE lieu où il ne fallait pas chopper la coulante). Après une demi-heure de recherche infructueuse et quelques litres de sueur, on a capitulé et continué notre errance dans les temples alentours. Tant pis pour le tuk-tuk, on laisse faire le karma (ça y est on a viré bouddhistes).

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Le Baphuon

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Restez calmes, ça va bien se passer

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Et là, en sortant de notre jungle perdue et isolée (cherchez l’erreur)… Aaaaallélouia ! Un champ, que dis-je, une foule de tuk-tuk amassés à la sortie, attendant le client tels des hyènes devant un bout de viande. Sauf que là, chaque tuk-tuk avait déjà son client attitré, et il fallait retrouver le nôtre. C’était un peu « où est Charlie » sans le pull rouge et blanc, parce qu’ici tous les tuk-tuk sont identiques… et les Asiat’ aussi d’ailleurs.

Finalement, c’est lui qui nous a reconnus. Ils sont forts ces types là. Quoique, je soupçonne ma tignasse visible à des kilomètres d’y être pour quelque chose.

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Une bière et un jus de coco plus tard, on a repris notre route direction les deux temples restant sur notre parcours: un truc inconnu en travaux où nous étions seuls au monde – ça fait du bien -, et le fameux Angkor Wat, le « clou du spectacle » si l’on en croit le guide du bon voyageur qui ne sort pas des sentiers battus (j’avoue, on en faisait partie pour cette fois).

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Angkor Wat était un peu THE temple, le bouquet final, l’apogée de deux jours de sueur et de larmes à crapahuter dans les autres « petits » temples. Du moins, c’est ce qu’on croyait, et c’est pourquoi on avait choisi de le garder pour la fin. Et en fait…

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Arrivés devant le site, on est d’abord tombés sur un flot constant de touristes qui défilaient sur le ponton. Soit – on en a vu d’autres. A l’intérieur, même constat. Et puis finalement, le temple avait beau être majestueux, plein d’étages et de petits recoins cachés, c’était loin d’être le clou du spectacle. Trop de monde, trop d’attrape-touristes, la moitié du site en rénovation / nettoyage, et pas assez d’arbres pour l’hippie que je suis. On aurait peut-être pas eu la même impression si Angkor Wat avait été notre premier temple, mais après tout ce qu’on avait vu… et puis, à entendre trop d’éloges sur un temple, on est toujours déçus au final. Mais sans plus attendre, des photos du monstre ! Parce que je fais ma blasée mais c’était joli quand même.

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Je pourrais continuer des heures avec mes photos, puisqu’il n’y en a pas moins de 600 sur deux jours de visite. Quand je vous disait qu’on a fait les bons touristes… Mais je ne voudrais pas vous spoiler (comment ça, trop tard?) si vous envisagez un jour une visite à Angkor.

Un peu saturés après ce deuxième jour, on avait bien mérité une nouvelle session « Pub Street ». Et puis, nous étions tout de même un 25 décembre. Bon, le 25 décembre en soi, on s’en tamponnait un peu le coquillard: on était sous les tropiques et la naissance du petit Jésus (si petit Jésus il y a eu) nous passait à 3000 kilomètres. Mais à imaginer qu’en ce moment même – décalage horaire oblige – nos compatriotes du pays s’ouvraient la panse avec des toasts au saumon et de la dinde farcie, on s’est sentis un peu cons à l’idée de manger un riz froid, et on est allés se faire un bon petit plat bien franchouillard comme on les aime.

Sauf que non. En bons radins, on avait choisi la carte la moins chère, et notre poulet / steak aux légumes et pommes de terre s’est avéré être un machin tout sec accompagné de trois frites molles. Au moins, on est rentrés en France deux jours plus tard sans regrets à ce niveau là. Du coup, on a terminé par une bière au Charlie’s (dédicace aux Montpelliérains, TMTC) et le lendemain, on était à nouveau sur la route de la mort direction Phnom Penh puis le pays du fromage et du saucisson !

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KIKOU !

CA Y EST les cocos, j’en ai terminé avec cet article, vous pouvez reprendre une vraie vie, manger, aller aux toilettes et dormir. Désolée pour le pavé… qui était, pour le coup, proportionnel à l’intensité de ce qu’on a vécu pendant 6 jours au Cambodge. Voyez le bon côté des choses: avec toutes ces photos, plus besoin de payer un aller/retour à 800 euros pour l’Asie, vous avez tout à portée de main ! Pratique, hein ?

J’achève aussi mon blog sur cet article, merci à ceux qui l’ont suivi – assidûment ou non – et qui ont laissé quelques commentaires, ça fait plaisir de voir que quelqu’un me lit. Les prochaines aventures ne risquent pas d’arriver de sitôt mais en attendant, vous pourrez me/nous voir en vrai, et ça ça n’a pas de prix… huhu

Bisous les poulets !

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Une réflexion sur “Cambodge, Partie 2: Angkor, ses temples, son charme, ses buissons… surtout ses buissons.

  1. C’est sûr il y a beaucoup à dire sur le statut des éléphants.
    Dis-donc, il vont tenir encore combien de temps ces pauvres temples à être piétinés et escaladés par les millions de touristes ?
    Faudrait voir à les protéger un peu.
    Tu fais très bien le petit cabri roux sautant devant les temples.

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